Le Franc maçon, militant de l’humain

 

 

Je voudrais commencer mon propos par la définition de l’éthique selon Paul Ricœur : « l’éthique c’est le désir d’une vie accomplie, avec et pour les autres dans des institutions justes ».
J’ai la conviction que cette conception de l’éthique habite l’inconscient des hommes de bonne volonté et par conséquent celui des francs-maçons.
Depuis ses origines, l’humanité n’a connu d’autre alternative que l’exercice de la force, le recours à la violence-ou la pratique de la sagesse, le recours au dialogue. Les francs-maçons ont toujours été des hommes de dialogue, tendant la main à tous les hommes de bonne volonté.
Le but de la franc-maçonnerie est de contribuer à l’amélioration matérielle et morale de l’humanité. La franc-maçonnerie est l’aboutissement d’une longue gestation des idées humanistes recherchant des solutions rationnelles de bonne gouvernance en vue de surmonter les contradictions religieuses, civiles et politiques dont étaient victimes les innocentes populations qui subissaient les affres de la guerre civile en Angleterre au XVIIe siècle.
La volonté commune de ces grands humanistes était de créer un espace d’acceptation de l’autre avec sa liberté de conscience, hors du préjugé de condamner celui qui est différent de soi, de façon à réaliser un savoir vivre ensemble qui concilie les contraires pour le bien commun de tous. C’était déjà une sorte d’engagement citoyen en vue d’une harmonie sociale, transcendant les préjugés individuels par l’acceptation de la différence de l’autre, annonçant ainsi l’avènement d’un nouvel esprit d’humanisme que l’on appela «tolérance».

Avant d’aborder plus concrètement le thème faisant l’objet de notre rencontre «le franc-maçon, militant de l’humain», il m’apparaît important d’apporter quelques éléments de réponse à une question que vous vous êtes probablement posée : À quoi peut donc servir la franc-maçonnerie aujourd’hui ? En ce qui concerne le contexte français, comme pour les autres pays d’économie libérale avancée, où les partis politiques traditionnels se révèlent impuissants à maîtriser les enjeux invisibles de la mondialisation devenue « financiariste », où les Eglises dogmatiques et archaïques refusent de s’adapter aux mœurs et aux avancées scientifiques de notre temps, où les sectes religieuses attirent de plus en plus de braves gens en quête d’une bouée de sauvetage spirituel les rassurant sur des lendemains enchanteurs… Et face au désarroi spirituel de toutes les populations inquiètes de leur avenir, la franc-maçonnerie se doit de jouer le rôle de catalyseur et de rassembleur des énergies créatrices d’hommes et des femmes de raison, ayant le souci de servir l’humanité. Elle doit servir de centre d’union à toutes ces forces individuelles éparses, disposant de leur liberté de conscience et voulant se rendre utiles à la société. Pour cela, elle doit faire en sorte de les rassembler dans le but d’améliorer l’ordre social, partant du niveau individuel et de leur vécu pour aboutir à un niveau collectif où l’on chercherait à influer sur les choix de société vers plus de dignité humaine et de sauvegarde de l’environnement, sans plus nous laisser noyer dans le brouillard d’un monde globalisé, soumis aux seuls intérêts financiers.

À la suite des francs-maçons dont l’histoire aura retenu le patronyme - la liste est impressionnante - tels que Georges Washington, Voltaire, Mozart, Beethoven, Olympe de Gouge (Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne), l’abbé Grégoire, Abd El Kader, Victor Schœlcher (l’Abolition de l’esclavage), Emile Combe (loi de la Séparation des Eglises et de l’Etat), Pierre Brossolette, nous avons, francs-maçons de ce XXIe siècle naissant, éprouvé le besoin de frapper à la porte du temple afin d’y être initié aux secrets de la franc-maçonnerie… Et de s’engager sur notre chemin initiatique. Les bienfaits individuels de l’initiation maçonnique = S’améliorer par ses rapports avec les autres : la maçonnerie est aujourd’hui devenue une démarche personnelle qui aide à sortir de soi pour aller à la rencontre des autres. Cela a lieu dans son contexte spécifique d’apprentissage d’une certaine humilité en loge en présence des autres frères que nous côtoyons, sans aucune distinction sociale. Elle permet de découvrir la vertu d’humilité qui se révèle en franc-maçonnerie comme mère de toutes les vertus qui aident à cultiver la foi en l’homme, - l’espérance en un avenir meilleur pour l’humanité - et cet amour laïc de l’humanité qui s’exprime par la générosité du cœur envers tout ce qui sert le bien public. La franc-maçonnerie permet aujourd’hui de découvrir l’altérité, c’est-à-dire la qualité d’être autre en nous rapprochant de l’autre, en commençant par les autres frères de la loge que l’on est amené à découvrir individuellement dans la fraternité qui nous lie, comme un autre nous-mêmes. Alors sa différence nous enrichit au lieu de nous opposer à lui.
Ainsi, la franc-maçonnerie se révèle à nous comme un vecteur de progrès individuel au sein de notre appartenance sociale, aidant à mieux nous comprendre les uns les autres par cette conversion du regard, donc à mieux nous aimer et par conséquent à mieux vivre en société. Ceci est un tremplin pour élever nos idées vers le vivre ensemble, sans plus nous contenter de regarder notre nombril dans le mépris ou l’ignorance des autres.

De la sorte, la franc-maçonnerie est devenue aujourd’hui un lien d’évolution personnelle à travers la collectivité des échanges fraternels d’idées sur l’homme et la société, dans un contexte de liberté d’expression qui enrichit notre liberté de conscience. Et celle-ci s’épanouit grâce à la capacité d’écoute que nous avons acquise à travers le silence de la période d’apprentissage. Et, au fil du temps que nous vivons ensemble, la confiance nous reliant à nos frères en loge, la fraternité des uns envers les autres, les échanges de nos recherches individuelles au cours des travaux de loge, tout cela fait que nous ne nous sentons pas seuls sur notre chemin initiatique. En cas de besoin, nous savons pouvoir faire appel aux uns et aux autres pour entreprendre ensemble une action sociale en citoyens désintéressés.
Cependant, il arrive encore aujourd’hui que les francs-maçons dérangent. Les gouvernements, notamment ceux usant d’un pouvoir despotique, en raison de leur volonté permanente d’agir pour la recherche de la vérité en toutes choses, au service de la justice sociale et pour l’amélioration des conditions de vie des populations. C’est ainsi que Nikita KROUTCHEV répondait à un journaliste qui lui demandait pourquoi la franc-maçonnerie était interdite en URSS : « Pourquoi voulez-vous que je conserve une puce sous ma chemise ? ». C’est que le franc-maçon, militant de la liberté de conscience et chercheur de vérité, gêne le despotisme des pouvoirs autoritaires. Il est considéré comme un opposant politique en puissance, amené à dénoncer toutes les formes d’oppression et de violation des droits de l’homme. D’ailleurs, même dans les milieux civils des bien-pensants et des BCBG, du seul fait qu’il combat le dogmatisme des idées et le « politiquement correct », le franc-maçon dérange ces gens-là, autant que l’Eglise et l’ensemble de sectes religieuses qui prêchent la soumission à leurs doctrines et le respect de l’ordre établi.
La capacité du franc-maçon à fédérer les bonnes volontés qu’il peut rencontrer autour de lui au service d’une cause humaniste fait de lui un homme d’action, animé par sa formidable foi humaniste en la perfectibilité de l’homme et sa libération, ce qui lui donne ce potentiel de rassemblement pouvant gêner tout pouvoir autoritaire qu’il soit politique ou religieux. Aussi, les francs-maçons sont-ils diabolisés partout, d’autant plus que leur loi du silence les dessert gravement - Ah ! « Le fameux secret maçonnique » qui alimente depuis l’origine tant de fantasmes ! Les bien-pensants estimant que ce secret doit cacher des fautes répréhensibles. De la sorte, les francs-maçons préfèrent ne pas se dévoiler pour ne pas gêner leur vie en société. Son habitude de côtoyer ses frères dans un esprit de fraternité et de reconnaissance mutuelle « comme tel », l’amène progressivement à rechercher une certaine harmonie avec les autres, dans le respect des vertus maçonniques. Il découvre alors les aspérités de sa pierre brute au contact des autres frères et il s’efforce, petit à petit, de la ciseler pour la rendre cubique. Cela l’amène en fait, à se recréer, en remodelant sa personnalité selon son propre discernement de ses défauts. C’est là que se manifeste sa façon d’illustrer son métier de « bâtisseur », en se l’appliquant à lui-même en relation avec les autres. Et c’est justement la tâche première de l’initié qui doit apprendre à s’initier par lui-même sur son chemin initiatique. A partir de l’éveil de sa conscience à la connaissance de soi, de l’autre et donc de l’homme, le franc-maçon devient un homme d’action qui va apporter sa pierre à la reconstruction du monde imparfait et injuste dans lequel il vit. Il mobilise volontiers son énergie au service de l’amélioration de son milieu social, à tous les niveaux, moral, intellectuel, matériel et spirituel. Mais il faut savoir que cette «action au-dehors» suppose d’une part, une certaine rigueur dans ses comportements, « une exigence de soi » par un travail constant sur soi menant à un certain perfectionnement moral, qui fasse du franc-maçon une référence sociale dans le monde profane où il vit. Son comportement social doit faire rayonner autour de lui notre devise « Liberté ! Égalité ! Fraternité ! » à travers ses faits et gestes. Et d’autre part, cela suppose aussi une bonne pratique de l’introspection et de l’examen de conscience quotidien, servant à maîtriser ses passions et ses reflexes,- en s’émancipant de mauvaises habitudes acquises dans son milieu d’origine ou dans les milieux professionnels et politiques qu’il a pu fréquenter…Son combat se dirige alors sur la défense de l’éthique moderne fondée sur le respect de la dignité humaine et la sauvegarde de l’environnement.
Parmi les chantiers qui s’ouvrent en ce début du XXIe siècle pour les « francs-maçons, militants de l’humain », nous pourrons retenir : l’Universalisme, l’Humanisme, la Citoyenneté, la Modernité, la Spiritualité.

 

Le chantier de l’Universalisme

 

Nous proclamons que la franc-maçonnerie est universelle depuis son origine. Toutefois le concept de l’Universalisme a beaucoup évolué depuis le XVIIIe siècle. Pendant longtemps, les civilisations des terres occidentales, fortes de leur suprématie technique, de leurs richesses intellectuelles et matérielles, ont élaboré un ordre universel à l’image de leur civilisation, de leur culture et se sont engagées dans la propagation plus ou moins forcée des valeurs de cette civilisation et de cette culture à l’ensemble des peuples et des nations. Aujourd’hui la franc-maçonnerie doit prendre conscience que l’Universalisme n’est plus cette seule voie européenne et qu’il ne peut se construire que par le respect de l’identité culturelle singulière à chacun. Les francs-maçons doivent en premier débattre de la question de savoir comment la franc-maçonnerie peut être universelle - et elle doit être universelle ! - en prenant en considération les singularités des cultures et des conceptions spirituelles qui ont cours dans les diverses nations. Mais le désir d’Universalité qui anime les francs-maçons porte également sur la réunion de tous les hommes dans une même Fraternité, une même solidarité, un même élan pour réaliser une société internationale vivant dans la paix et l’harmonie, en force, en sagesse et en beauté.

Le chantier est immense. Il suppose une réflexion interne propre à la maçonnerie elle-même mais aussi une réflexion externe avec tous ceux qui croient en l’avenir d’une humanité débarrassé des vrais démons totalitaires et dogmatiques. Les valeurs dont la franc-maçonnerie porte témoignage depuis ses origines et qui sont constitutives de sa substance et de son rayonnement, qui ont permis jusqu’alors aux francs-maçons d’être les acteurs d’une évolution axée sur la perfectibilité de l’homme, la primauté de l’esprit sur la matière, la primauté de l’homme sur tout ce qui constitue l’univers, la primauté de l’amour sur la violence, la tolérance, la liberté de conscience, le libre arbitre ; ces valeurs sont de nature à alimenter ces réflexions en dehors de tout dogmatisme et de toute entreprise de systématisation voire d’uniformisation.

Le progrès moral et matériel de l’humanité, dans un monde de liberté et de fraternité, requiert que toutes les communautés et institutions qui sont animées par les mêmes valeurs unissent leurs efforts. L’établissement et le renforcement d’une éthique universelle ne peuvent se faire sans un dialogue et une réflexion auxquels participent toutes les forces spirituelles qui ont l’objectif de la libération et de l’épanouissement de l’homme, de tous les hommes, chacun apportant ses conceptions, ses espérances et aussi ses contradictions mais porté par une réelle volonté de réussir avec les autres, l’établissement des schémas universels acceptables pour le plus grand nombre d’individus peuplant notre planète.
Les francs-maçons doivent se préparer à ce dialogue et s’engager dans l’élaboration d’un Universalisme, recherchant des valeurs communes sans opposer les différences culturelles entre elles. Cette recherche (puis la mise en œuvre des valeurs universellement reconnues et acceptées) établissant cette religion ou cette morale à laquelle tous les hommes peuvent faire référence est fondamentale !

 

Le chantier de l’Humanisme

 

Henri TORT-NOUGUES, qui fut Grand Maitre de la Grande Loge de France (1983-1985) caractérisait ainsi l’humanisme : « Le franc-maçon est et reste un humaniste au sens traditionnel du mot ; il est celui qui recueille dans tout le passé culturel de l’humanité ce que celle-ci a donné de meilleur, de plus noble, de plus élevé et de plus beau ; ce qui lui permet de dire avec TERENCE : « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

 

Les valeurs humanistes qu’exprime la franc-maçonnerie « Liberté – Egalité - Fraternité » constituent une merveilleuse devise et elles ont permis de réaliser, selon la proclamation des ordres maçonniques, le perfectionnement de l’humanité au cours des 250 dernières années.
Existe-t-il une meilleure définition, une meilleure conception de l’humanisme que celle-ci : «Perfectionner l’humanité, perfectionner l’homme en l’amenant vers toujours plus de tolérance et de sagesse ?». Toutefois l’humanisme ne peut pas être qu’une réflexion philosophique ; même si cette réflexion demeure nécessaire, il doit être d’abord et toujours une action. Celle-ci, expression de la sagesse acquise et sans cesse améliorée par la confrontation et les échanges, doit être le but de tout franc-maçon et porter ses engagements sociaux et politiques.

 

Aujourd’hui les francs-maçons doivent élargir le champ de leur humanisme pour l’adapter aux évolutions et problèmes du monde vivant et de la société en son état actuel. Ils ne peuvent non plus faire l’économie d’une interrogation de la place de l’homme sur la terre et dans le cosmos. Le problème de la dignité de l’homme reste aujourd’hui au cœur de tout humanisme conséquent et actif. Il ne peut être envisagé une société plus juste et plus humaine si nous ne nous attachons par à maîtriser les enjeux du partage : partage des ressources, partage des richesses et partage du travail. Au-delà de la personne, au-delà de l’individu, doit, pour ce faire, se construire et agir le citoyen.

 

Le chantier de la citoyenneté

 

Les sociétés actuelles assurent-elles la formation des véritables citoyens imprégnés des règles d’humanisme que nous avons rappelées et susceptibles de faire évoluer l’humanité vers le partage et l’harmonie ? Former des citoyens et construire une citoyenneté universelle, telles sont les missions que les hommes de progrès auront la charge de construire dans cette décennie et les suivantes. La contribution des francs-maçons à cette œuvre se doit d’être exemplaire. Dans cette perspective, les francs-maçons français ont à refonder leurs pensées à l’égard de plusieurs questions qui sont fondamentales pour l’exercice de la citoyenneté : celle de la laïcité, celle du rôle et de la primauté du politique, celle des droits et des devoirs de l’homme.

Refonder ne signifie pas qu’ils doivent abandonner leurs engagements et leurs convictions, mais qu’ils doivent s’enquérir de leur bien-fondé actuel. Une tradition n’est vivante que si elle se donne l’occasion de se remettre en question et d’innover.
La laïcité exprime la neutralité de l’Etat dans le domaine religieux et la non intervention des Eglises dans le domaine politique. Le refus de toute soumission du pouvoir civil à une quelconque Eglise est le sens même de la laïcité. Les luttes entre les pouvoirs politique et religieux jalonnent malheureusement l’histoire de l’humanité.
L’individu n’est pas laïc en soi. Sa libre conscience, son autonomie d’être, ses racines culturelles orientent son engagement spirituel. C’est son rapport à la communauté sociale qui le conduit à un engagement laïc ou le lui fait refuser. Pour le franc-maçon d’aujourd’hui, la laïcité ne peut être le « laïcisme » idéologique militant et partisan qui prône la religion de « l’Irréligion », mais doit être l’expression de l’idéal de tolérance. Dans le concept de laïcité, il nous faut dégager ce qui relève de la spécificité française de ce qui est susceptible d’être admis comme référence universelle.
La franc-maçonnerie a la vocation d’être le centre de l’union. L’admission des croyants des diverses confessions dans les loges et l’élargissement du dialogue avec tous les religieux devraient être de nature à faire progresser la pratique de la tolérance et l’esprit de laïcité dans les sociétés du XXIe siècle.
La franc-maçonnerie et les francs-maçons doivent être, comme dans le passé, les missionnaires de l’action de défense des libertés et des droits individuels. Cependant, faut-il le rappeler, des droits impliquent aussi des devoirs !!! La question des devoirs de l’individu envers la communauté ne doit pas être éludée. L’homme ne sera un citoyen que s’il est conscient de ses devoirs envers l’Humanité. Il ne s’agit pas de se substituer à telle ou telle morale ancienne ; il ne s’agit pas d’être moralisateur, mais d’établir l’homme dans sa dignité et sa responsabilité, de définir une éthique citoyenne valable pour le plus grand nombre. La tradition des « devoirs » à laquelle ils sont attachés doit permettre aux francs-maçons de poser la première pierre de cette éthique universelle pour les citoyens du monde. Tel est aussi leur devoir.

 

Le chantier de la modernité

 

Les francs-maçons conservent leur foi dans le perfectionnement et le progrès matériel de l’Humanité. Le progrès n’a de sens que s’il participe à la libération de l’individu à l’égard des soucis matériels, des difficultés vitales et de la misère, dans le respect de ses droits et de sa dignité.
Le progrès n’est pas nécessairement un mieux, mais il est parfois difficile de savoir à quel point nommé si telle découverte, telle innovation est de nature à faire progresser l’humanité. C’est pourquoi, les francs-maçons doivent être toujours en alerte à l’égard de tout ce qui ouvre des voies nouvelles et des forts changements qui touchent aussi bien les sciences, les modes de pensée, les comportements, tout ce qui, en un mot, constitue la modernité.
L’actuel état du monde, la modernité de ce début du XXIe siècle font obligation aux francs-maçons de s’investir dans la réflexion et l’action à l’égard des multiples développements de cette modernité. L’avenir de l’homme dépend des réponses qui pourront être proposées et acceptées par le plus grand nombre dans différents domaines de cette modernité…Je pourrais citer la révolution génétique dont le contenu, le champ, les pratiques et les conséquences demeurent encore mal connues, ou le développement urbain qui enlève à l’individu le sens de ses origines fondées sur une tradition multimillénaire rurale intégrée à l’environnement naturel et au rythme des saisons qui fait un sort aux anciennes solidarités : celle de la famille, celle de la fratrie, celle des générations ; ou encore l’expansion démographique et la défense de l’environnement qui appartiennent l’une et l’autre aux philosophies de la vie, mais sont aussi très fortement antagonistes.
L’écologie n’est-elle pas à la fois dangereuse et inconséquente ? L’essentiel des problèmes réels de l’environnement ne sont-ils pas la conséquence directe de l’explosion démographique humaine ? Ce serait commettre une faute irréparable que de penser que les problèmes démographiques et écologiques se résoudront d’eux-mêmes.


Le chantier de la spiritualité

 

« Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas ». Cette phrase attribuée à André Malraux n’a sans doute jamais été prononcée par son auteur présumé, mais elle correspondrait à une pensée profonde qu’André Malraux partageait avec d’autres, celle de l’éventualité d’un renouveau mystique, d’une révolution spirituelle après les époques de révolutions matérialistes et culturelles ; un nécessaire besoin de ressourcement à une tradition spirituelle primordiale.
La spiritualité ne se réduit pas aux seules religions, elle s’affirme de plus en plus dans une recherche intériorisée. Ainsi, comme l’énonçait Maître Eckart au XIVe siècle : « Dieu n’assure pas seule la déité, laquelle est éternelle, immuable et ineffable, mais manifeste sa présence en nos profondeurs, dans le regard par lequel nous entrons en communication avec les éléments et les phénomènes de l’univers, ainsi qu’avec les autres et à l’intérieur de nous-mêmes ».

 

La franc-maçonnerie se situe dans une voie traditionnelle : elle n’est ni dogmatique, ni sectaire. Elle admet toutes les formes de spiritualité : religieuse, mystique, solitaire et à leur apprendre le doute et la tolérance.
Leur tradition d’origine permet aux francs-maçons de penser que l’univers a une origine transcendante, que chacun est libre de l’imaginer comme il l’entend et de lui donner le nom qu’il veut.

Nous proclamons que tout être humain est libre de son choix spirituel. Nous sommes porteurs d’un message spirituel empreint de foi et d’amour. L’initiation maçonnique permet de dédramatiser la mort qu’elle intègre dans un symbolisme de renaissance et de reconstruction. Nous reconnaissons le multiculturalisme spirituel et les pratiques spirituelles transconfessionnelles. Notre vocation demeure d’être le centre de rencontre de toutes les spiritualités. Enfin, les francs-maçons dont « le secret des secrets » n’est autre que l’exploration de l’être intérieur, ce qui est le vécu intériorisé d’une initiation en quête de devenir et de sens, devront aussi nourrir leur ouverture sur le monde profane, sur les « Non-maçons », de tout ce qui constitue la spiritualité de l’ordre maçonnique. Ainsi nous porterons au dehors l’œuvre commencée dans le temple, notre temple intérieur, notre temple intime, notre Lumière.


Stéphane HESSEL, qui fut médiateur avec Paul RICOEUR lors de l’occupation par des sans-papiers de l’église Saint Bernard, aimait citer ces quelques vers d’Apollinaire : «Jai cueilli ce brin de Bruyère / l’automne est morte Souviens t’en / Nous ne nous verrons plus terre / Odeur du temps brin de bruyère / Et souviens-toi que je t’attends ».

 

P. M

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